Violinne

Jean Philippe Kempf


Jean Philippe Kempf, né le 16 avril 1950 à Nancy, est un psychanalyste et écrivain français. Sa passion pour le théâtre, les beaux arts, la littérature et l'écriture, le conduisent à faire la rencontre de Pierre Brunel dont il suit les cours de littérature comparée, sans pourtant passer de maîtrise.

Jean Philippe Kempf part en 1980 aux États-Unis comme lecteur à L'université de Boston dans le département des langues étrangères. Sous la direction du chairman Thomas Jefferson Kline, il donne ses cours en suivant une méthode pédagogique du Bureau d'étude des langues et civilisation (B.E.L.C.).

A Boston toujours, il rencontre le psychanalyste Pierre Johannet, rare lecteur de Lacan sur la côté est des Etats-Unis dans ces années-là. Les deux hommes se lient d'amitié, et liront Lacan deux années durant.

À son retour en France, Jean Philippe Kempf poursuit une analyse didactique afin de devenir lui-même psychanalyste.

Jean-Philippe Kempf et Jean-Pierre Faye, 25/09/2010 En 1985, il devient membre des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne et travaille en IMP (Instituts médicaux pédagoques) auprès d'enfants atteints de déficience à prédominance intellectuelle tout en ouvrant un cabinet à Paris.

En 1990, il fait la rencontre de Charles Melman psychanalyste et fondateur de l'Association Lacanienne Internationale. Il y suivra l'enseignement et les séminaires. Plus tard, il décide de retourner auprès des C.C.A.F. et participe en 2010 au colloque de Juin qui porte sur la grande fatigue du progrès. Cette phrase de Jacques Lacan sert d'ailleurs de point de départ à un entretien filmé quatre mois plus tard avec Jean-Pierre Faye: Le chemin des points de suspension[1].

La psychanalyse et l'écriture sont pour Jean Philippe Kempf l'exploration de ce que sont les mots; une présence énigmatique qui produit du sens[2]. En plus d'articles dans des revues de psychanalyse, dont le bulletin de l'A.L.I, il publie deux nouvelles: L'instant interminable en 2008 et L'Infranchissable l'année suivante. Avec des artistes plasticiennes, telles Christine Vielle, lauréate de la Villa Velasquez à Madrid, Marie-France Bonmariage de L'Académie Royale Des Beaux Arts de Liège, ils créent et préparent l'édition de livres d'artistes.

L'instant interminable, Collection Bouche-à-Oreille, éditions Voix D'Encre, 2008 L'infranchissable, Collection Bouche-à-Oreille, édition Voix d'Encre, 2009 " Ne me cherchez pas " Roman. L'Harmattan, collection littérature Amarante. Septembre 2012


Notes et références

↑ http://www.jean-pierre-faye.net/voir/
↑ Jean-Philippe Kempf in Bulletins de l'A.L.I, novembre 2009.
Liens externesSite de l'Association Lacanienne Internationale
http://www.cartels-constituants.fr
http://www.jean-pierre-faye.net/dialogue-3


NE ME CHERCHEZ PAS
Jean Philippe Kempf
Amarante
ROMANS, NOUVELLES EUROPE France

Livres, ebooks : NE ME CHERCHEZ PAS, Jean Philippe Kempf
www.editions-harmattan.fr


« Le reste de la phrase se perdit dans la confusion de pensées et, d’un coup Juliette lança l’archet sur les cordes du violon. Nue, absolument nue, elle fit jaillir les sonorités incomparables de sa musique. Les notes semblaient voler dans une grâce absolue, une inspiration puisée dans un tempo poignant. Un frémissement émotionnel surfant sur l’écume d’une vague. Un jeu d’une puissance éperdue, des salves passionnelles irrésistibles. C’était une musique qui envahissait les sens soumis au délectable joug de la mélodie, des subtilités des enchaînements, une intensité magistrale. Dans la pureté du jeu, Juliette déployait des arpèges, une révolte intérieure saisissante, la densité d’un feu, une puissance absolue. Dans cette constellation d’harmonies, l’âme plongeait dans ce flot à vitesse réglée d’éclats cadencés. Du haut de cette falaise, d’éboulis en éboulis, j’étais précipité jusque dans la gorge des sons, dans ces coulées d’éblouissements, leurs énergies saisissantes. Une atmosphère de brûlots érotiques, la défiance, la violence en huis clos. Puis, au cœur de cette emprise, cette partita pour violon numéro 2 de Bach livra des émotions qui allèrent jusqu’à bouleverser la profondeur de l’âme quand se fit entendre l’invincible note bleue. »


Jean Philippe Kempf livre ici un roman qui met en scène l’histoire d’un homme confronté au hasard. En effet, flânant dans une librairie, il trouve un journal intime. À partir de sa lecture, va naître en lui un sentiment d’amour unilatéral. Une grande plongée dans les sentiments sans cesse jouant entre le vrai et le faux. Un livre qui permet de comprendre toute la magie des émotions se mêlant au profond étonnement devant les enchainements de ce que sont les circonstances. Et puis cet embarras parfois de se sentir incapable de déchiffrer le spectacle de l’inconnu.

Ne me cherchez pas
Le vent
Il froue
Sur la peau
Laissée
Abandonnée

Par une femme
Qui
Indigente
Tyrannique
A aboli
Qui j'aurais pu
Être

*
L'amour

Étendue
Dévêtue
Désirée

Et les ombres se tissent
Dans les plis de ton corps
Au moment même où les étreintes nous happent
Un voile s'estompe
La clarté d'être
Ici
Et
Maintenant

*
Un jour prochain
Les machines
Finiront
Autonômes
Seules
La chair des êtres disparues
Comme derrière les écrans
Un monde
Où l'on aura perdu
Le maillon
Entre
Le
Vivant
Et
La
Machine

*
La femme lui dit:
Ne compte pas sur moi
Pour faire de toi un homme.
Chassant l'assaut de l'effroi
Il sentait pourtant
Son corps de chair mourir.
Il sauva ce qui pouvait l'être
Son corps souverain
Il écrivit
Pour ne pas
Être enfoui dans
La mort

La mort
RIEN
que la mort

*
Dans la lumière
Et le silence poignant
De nos souffles
La danse affolante
Des ors
Et les senteurs de chair
Et les gestes D'Eros
Et la fin de l'attente
Première étreinte
Et seconde
Et nos corps
Tentent
D'être
Tels
Les deux serpents
De Tiresias
Un regard
Puis un autre
Et les ailes de la jouissance
Nous emportent
...
Nos corps
Telles deux notes bleus

*
La saison glisse
Elle va s'évanouir
dans d'autres
Lumières
Les vents se mêler

et l'herbe
Toutes les herbes et les feuilles
Toute la nature
S'allonger, se courber
Dans les ombres
Jusqu'au noir des bois
De tous les bois
Jusqu'à la neige
Le blanc
La semence du ciel

*
Voilà six ans
Une éternité
Qu'ils ne s'étaient pas revus
Et puis leurs regards et leurs voix se sont retrouvés
Deux corps de feu de sont envolés
Haut
Très haut
Dans le désir

C'est le soir
Le ciel s'assombrit
Les ombres s'allongent
La lumière se voile
La nature se dénude

Dans l'esprit
On peut sentir roder la mort
Aussitôt
La chair verse dans des désirs
D'étreintes
Les rituels
De notre propre nature
Nous happent
Désirs à jamais inassouvis
pas la violence...

Encore un baiser
Encore...

Baiser
Ardeur
Et la nuit
En espérant
L'aube
Et puis là
On est sûr
Du retour des jours.

*
Ils étaient sur le bord du trottoir
Des inconnus,
Peut-être des étrangers
Je m'approche
Ils parlent,
Chaque mot qu'il prononcent est une goutte de pluie
Elles tombent dans l'oreille
C'est une langue étrangère
Et comme je n'en comprends pas le sens,
A l'intonation de la voix,
je ressens
le linge tiède qui enveloppe l'esprit;
Au rythme des phrases
C'est de l'eau qui coule maintenant de leur pensées
...
Ecouter est dangereux
Ecouter c'est savoir
Ici
point de connaissance possible,
impensable déchiffrement

Paupières closes

D'instinct

Je ressens
le mouvement du balancier de leurs âmes
L'amplitude chaque fois renouvelée
Que l'un ajoute à ce qu'à dit l'autre

A les écouter parler,
j'entends
La vigilance,
la perception des contrastes,
Cela a sur moi une certaine influence
...

Quelqu'un me croise
Me demande le chemin
Ma voix,
Celle que j''avais perdu
Refait surface
Particulièrement attentive,
C'est moi qui m'exprime
Enfin
Et
Non l'autre qui suinte en moi
L'autre,
Je m'entends répondre,
Sans intention cachée
Un instant de vérité

*
Elle porte un chapeau,
Je le vois,
C'est peut-être l'histoire d'une relique,

Mon regard descend sur ces yeux.
C'est un visage de femme,
C'est visible
L'image est
Dans
L'écran.
Elle contient son portrait
ses lignes courbes
ses expressions,
le siège de l'âme
...
Je plisse un peu les yeux
les contrastes s'accentuent

et que vois-je?
un de mes doigts s'est approché de l'écran.
Laisser faire?
...
Sur mes paupières...
...
... oui...
Un autre écran
où se projette le mouvement des reflets de ce portrait

Image contre images.

Là, le doigt touche l'écran et
glisse
sur le portrait
C'est froid
C'est un écran.

Alors les contours de ce portrait se recomposent sur mes paupières

... c'est presque imperceptible autant qu'éphémère,
... c'est un sourire, je crois
... l'image s'évanouie
...
Je retire le doigt,
je le retire
...
... C'était un acalmie
je retourne derrière l'écran
là où il n'y a plus l'ombre d'une chair
là où les présences font incommensurablement défaut

@Tous Droits Réservés
Jean Philippe Kempf
Psychanalyste Ecrivain
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