Violinne

Ludewic M K




Être entre le papier peint et le mur, prisonnier de situations inextricables, demeurer dans l'attente du moindre frémissement du vent, espérer et encore espérer jusqu'à épuisement, se vautrer dans la fatalité et patienter qu’au fil des jours, des années, la brume recouvre le silence.. Rester dans le sas de l’inattendu comme à l’affût d’un signe, d’un miracle qui prend son temps et le nôtre avec lui, se dire qu’après tout le tragique a un peu du comique, qu’il faudrait en rire, le rire jaune, le rire cantonnais, le rire idiot, celui qui fait plaisir au désespoir, ou le rire noir, le rire ténébreux qui brille comme le soleil éteint des mauvais jours.. Se mettre à rêvasser pour s’extirper de l’inconfort, de la petite misère qui appauvrit l’esprit, de la grande qui vide le corps, devenir son dieu créateur d’univers, ainsi se mettre en exil pour oublier le présent si pernicieux, si lourd, avec ses symphonies du sublime pathétique.. Garder bonne contenance, fouiller entre les milliers de masques dissimulés dans notre civilité, en trouver un qui sied à la circonstance, l’arborer aux yeux de tous pour faire illusion afin que chacun se dise en son for intérieur, voilà quelqu’un de bien, alors que d’affreuses balafres creusent de profonds sillons sur cette réalité répugnante que nous renvoie avec acharnement le miroir auquel nous n’osons plus poser la terrible question, « miroir, miroir, suis-je encore le plus beau ? »..

Être entre le papier peint et le mur.. Gratter le vernis et maudire ce que l’on y trouvera, repenser aux joies de la naïveté, se dire qu’avec le recul rester esclave de la matrice n’aurait pas été aussi dramatique, quel bonheur que d’être ignorant et exploité, d’être enchainé à un asservissement quasi invisible.. Ne pas suivre le maudit lapin blanc, et sa folle descente aux enfers, fuir et s’évanouir dans d’épicuriennes rêveries, à faire de la gloutonnerie de superficialités une culture de masse, à s’y fondre, à y noyer son âme.. Avoir les regrets accrochés au cœur, du sable fin filant entre les doigts, réprimer quelques larmes insensées, « boys don’t cry », et se mentir à soi-même que tout ira bien, alors qu’au loin, là où l’horizon embrasse les cieux, l’hiver arrive..

*

Concerto de soupirs qui s'étirent à l'infini entrecoupés de soubresauts, je suis le chevalier d'aquitaine qui traverse mille fois votre achéron, liqueur etherienne s'échappant de vos lèvres gonflées de plaisir.. Je m'appelle le ténébreux, dévalant chaque pente de votre instrument, les mains serrant à l'oppression vos monticules figées, j'éperonne votre courbe callipygée en écoutant doucement votre souffle balayé le silence.. Voyez vous le monde qui se retient et qui nous acclament, de votre langue qui s'empare de mon caducée, et des flocons de neige prêtent à tomber en plein automne..

Que vos chaleurs soient solaires, qu'ils incendient l'univers trop étroit pour contenir vos explosions, seules vos brulures ont de sens pour mes sens, je plonge en apnée dans votre instrument corporel, je brasse vos eaux qui se mêlent aux miennes, vous devenez ma lave en fusion..


Merci..

A ceux qui ont porté sur leurs échines pliées
La lourdeur de la croix posée sur mon dos
A ceux qui ont arraché la couronne
D’épines déposée sur mon front
A ceux qui ont offert de l’eau au pénitent
Desséché par la longue errance dans le désert
A ceux qui ont ressenti dans leur chair
Les morsures du fouet de ma destinée
Qui ont crié sans jamais trahir
Qui ont accouru sans jamais frémir
A ceux dont les larmes ont rejoint les miennes
Dans un obscur sanglot des âmes à genoux
Devant l’infamie, la médisance, la méchanceté
A ceux qui ont dessiné des soleils au creux de mes nuits
De petites chaleurs dans les grands froids
De petites lumières qui sont restées allumées
Malgré la rigueur des rafales de vent
A ceux qui m’ont murmuré des confidences inavouables
Qui ont ouvert leurs cœurs au mien
Malgré la méfiance naturelle des hommes
Qui n’osent pas, se frôlant à peine, s’aimant d’un souffle
A ceux qui ont marché sur les tortueux sentiers de mes infortunes
A mes cotés avec la discrétion et la délicatesse des ombres
Qui jamais ne se perdent dans l’obscurité
A ceux qui ont d’un regard embrassé mes tristesses
Sans jamais tomber dans la pitié
Qui fait mal qui humilie qui salie
Qui ont su éponger les sueurs de l’angoisse
Et les transpirations de la peur
Les cauchemars de l’intimidation les violences sauvages
Des pierres que l’on jette sur la dignité conspuée
Lapidation épouvantable
A ceux qui sont restés jusqu’au bout de mes silences
Sans fin, polaires, toujours en pointillé
A ceux que le temps emportera
Dans son écoulement implacable
Que je ne verrai plus
A ceux que la vie éloignera un instant ou une éternité
Dont le souvenir s’effacera, peut-être
A ceux que je verrai à nouveau au carrefour du destin
Demain ou plus loin
A tous ceux là, je voudrais dire merci..



Mon rêve familier..

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme que j’ai aimée
Qui n’est ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre
D’échos des murmures du passé
Echapper de lèvres qui jamais ne se rencontreront
Des souvenirs brulants enlacés dans des draps
Définitivement défaits
Des caresses effleurant des émotions endormies
Que j’ai cru longtemps enterrés

J’ai fait ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme que j’ai aimée
Qui n’est ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre
Dépouillée de ses défauts insupportables
Que l’on apprend à choyer
La rendant par là-même inestimable
Dont la beauté désormais fanée
Garde les mille couleurs flamboyantes des jours heureux
Et ce souffle chaud sur un cœur froid
Du pessimisme en auto-flagellation
Et ces regards doux posés sur les contours abrupts
D’un visage tuméfié par l’accoutumance à l’obscurité
Et ces rires qui faisaient voler en éclats
Les tristesses accumulées dessinant des rides balafrées

J’ai fait ce reve étrange et pénétrant
D’une femme que j’ai aimée
Qui s’est évanouie dans les brumes du passé
Et qui est revenue tel un spectre hanté ma nuit
Réveillant des sentiments mal tués..



Être entre le papier peint et le mur, prisonnier de situations inextricables, demeurer dans l'attente du moindre frémissement du vent, espérer et encore espérer jusqu'à épuisement, se vautrer dans la fatalité et patienter qu’au fil des jours, des années, la brume recouvre le silence.. Rester dans le sas de l’inattendu comme à l’affût d’un signe, d’un miracle qui prend son temps et le nôtre avec lui, se dire qu’après tout le tragique a un peu du comique, qu’il faudrait en rire, le rire jaune, le rire cantonnais, le rire idiot, celui qui fait plaisir au désespoir, ou le rire noir, le rire ténébreux qui brille comme le soleil éteint des mauvais jours.. Se mettre à rêvasser pour s’extirper de l’inconfort, de la petite misère qui appauvrit l’esprit, de la grande qui vide le corps, devenir son dieu créateur d’univers, ainsi se mettre en exil pour oublier le présent si pernicieux, si lourd, avec ses symphonies du sublime pathétique.. Garder bonne contenance, fouiller entre les milliers de masques dissimulés dans notre civilité, en trouver un qui sied à la circonstance, l’arborer aux yeux de tous pour faire illusion afin que chacun se dise en son for intérieur, voilà quelqu’un de bien, alors que d’affreuses balafres creusent de profonds sillons sur cette réalité répugnante que nous renvoie avec acharnement le miroir auquel nous n’osons plus poser la terrible question, « miroir, miroir, suis-je encore le plus beau?»..

Être entre le papier peint et le mur.. Gratter le vernis et maudire ce que l’on y trouvera, repenser aux joies de la naïveté, se dire qu’avec le recul rester esclave de la matrice n’aurait pas été aussi dramatique, quel bonheur que d’être ignorant et exploité, d’être enchainé à un asservissement quasi invisible.. Ne pas suivre le maudit lapin blanc, et sa folle descente aux enfers, fuir et s’évanouir dans d’épicuriennes rêveries, à faire de la gloutonnerie de superficialités une culture de masse, à s’y fondre, à y noyer son âme.. Avoir les regrets accrochés au cœur, du sable fin filant entre les doigts, réprimer quelques larmes insensées, « boys don’t cry », et se mentir à soi-même que tout ira bien, alors qu’au loin, là où l’horizon embrasse les cieux, l’hiver arrive..

Concerto de soupirs qui s'étirent à l'infini entrecoupés de soubresauts, je suis le chevalier d'aquitaine qui traverse mille fois votre achéron, liqueur etherienne s'échappant de vos lèvres gonflées de plaisir.. Je m'appelle le ténébreux, dévalant chaque pente de votre instrument, les mains serrant à l'oppression vos monticules figées, j'éperonne votre courbe callipygée en écoutant doucement votre souffle balayé le silence.. Voyez vous le monde qui se retient et qui nous acclament, de votre langue qui s'empare de mon caducée, et des flocons de neige prêtent à tomber en plein automne..

Que vos chaleurs soient solaires, qu'ils incendient l'univers trop étroit pour contenir vos explosions, seules vos brulures ont de sens pour mes sens, je plonge en apnée dans votre instrument corporel, je brasse vos eaux qui se mêlent aux miennes, vous devenez ma lave en fusion..



Insomnie Fievreuse

Qui saura m’offrir les ombres de la nuit
Le silencieux velours du ciel étoilé
La douceur des voix éteintes
Et la fragilité des beautés endormies

Qui saura me donner le temps qui fuit
Les chuchotis étouffés des ébats voilés
La tendresse gourmande des pudeurs feintes
Et les parcelles du bonheur éparpillé dans l’infini

Qui saura retirer les colères de l’infamie
La crasse derrière les teintes
Les longs moments de solitude violée
Et le poids de la croix des hurlements du sanglant bruit

Qui saura baisser le rideau de mes nuits
Les flots acides à coup de déchirures dévoilées
La musique grisée sans les paroles saintes
Et la lumière au bout du couloir de ma vie..


Derniers murmures de l’hiver..

Des incertitudes qui ébranlent
Des vérités qui inquiètent
Autant qu’elles s’échappent
Autant qu’elles nous échappent

Des angoisses qui terrorisent
Des différences qui séparent
Autant qu’elles divisent
Autant qu’elles nous divisent

Des froideurs qui brûlent
Des obscurités qui brillent
Autant qu’elles possèdent
Autant qu’elles nous possèdent

Des parfums qui puent
Des regards qui louchent
Autant qu’ils aveuglent
Autant qu’ils nous aveuglent

Des mots qui se remplissent
Des paroles qui se vident
Autant qu’elles tranchent
Autant qu’elles nous tranchent

Et des pluies de météores s’écrasant
En ondes sur les laves en fusion
De nos crachats sur nous-mêmes

Et des larmes de flocons arrosant
Les fleurs mortes
De nos cœurs en acier inoxydable..


Une plume en encre de sang séché..

Je n’ai pas d’éclairs pour enflammer les cieux
Ni la foudre pour embraser la terre
Ni les colères caverneuses du tonnerre
Juste une plume en encre de sang séché
Qui remplit de larmes poussiéreuses
Les tombes ouvertes des drames anonymes

Je n’ai pas le caducée pour ouvrir les mers
Ni le sang bleu pour porter les couronnes
Je viens de la boue et je vais mourir dans la sueur
Sous le soleil impitoyable de Satan

Je n’ai pas de harpe pour chanter de divines symphonies
Ni de lyre en or ni de violoncelle en argent
J’ai les mots-instruments qui remuent ménage
Dans le tourbillon chaotique des sens
De bas en tréfonds de tréfonds en abyssal
Jusque dans les entrailles enfouies
Où toutes les lumières restent éteints

Je n’ai pas le verbe tribun la parole accrocheuse
Cicéron est mort, ma langue aussi
Une carie dentaire plombant le souffle orateur
Une puanteur nicotine
Je n’ai que cette plume en charbon
Noircissant les doigts et la pensée
Jusque dans les coins reculés d’une conscience suicidée..


Des roses écarlates..

Que le vent soufflant au creux de minuit
Attise les feux incendiaires de mes nuits
Des silences assourdissants des tourments inaudibles
Que ce souffle volé aux existences fragiles
Vacillantes sanglantes oppressantes
Bâties sur des émotions insensées sur des promesses d’argile
Fasse éclore dans mes ténèbres flamboyantes
Les roses écarlates de mes espoirs..


Je marche

Je marche, la capuche relevée, où mon intuition me guide, brassant le vide meublé de modernisme vorace.. Je marche dans les avenues de cupidité, piétinant le macadam d’amertume étalé à perte de vue, jusqu’au bout de l’horizon lessivé par des aurores éteintes.. Je franchis les lignes invisibles qui me séparent des mondes à part, créés pour cantonner les espèces humaines à la fois si semblables et si différentes ; je pénètre dans la luxuriante foret des hôtels particuliers, des quartiers embourgeoisés, le royaume étincelant des flamboyants, juste à quelques encablures de la désespérance des faubourgs mal éclairés, inexistants, jetés à la périphérie de la civilisation.. L’underground des intouchables.. J’affronte le regard absent de ces espèces en apartheid d’où me parvienne la détestable symphonie de longues et douloureuses litanies..

Je marche près des gens qui courent en se bousculant, trébuchant au pied d’un cadavre frigorifié que l’hiver a emporté, à quelques mètres de ce barbu tout de rouge vêtu chantant de sa voix de croque-mort l’hymne à la magie de Noel.. Ceux qui sont tombés ne se relèvent jamais, leurs corps servant de bitume aux autres, ils n’existent désormais plus que pour se faire marcher dessus, écrasés par l’indifférence décomplexée, assumée, de ces automates convergents tous vers les chimères vaporeuses de l’inexistence.. Je marche en écoutant les banales conversations sur les futilités sans cesse rabâchées, couvrant les tristesses sans voix de ces mains qui se tendent pour quémander un peu d’humanité.. De ces poings fermés à peine cachés dans des poches trop étroites, la froideur méprisante se fait violence pour ne pas éclater sur le visage de l’indigence, assise au milieu des cartons, insupportable invasion barbare des rues, et une bouche horrifiée, en colère, lâchant haut ce que d’autres pensent bas « mais que fait la police ? »..


*

Je marche les yeux bandés au milieu de nulle part.. Les lumières fébriles qui jalonnent ma quête brûlent timidement sous la pluie obscure.. Les odeurs nauséabondes des rues insalubres, des caniveaux saturés, des mentalités impropres, même sous le froid brutal, ont pris d’assaut ma conscience en poussant mon esprit au bord du dégoût..

Je marche, et je ne sais faire que ca, avancer jusqu’à épuisement dans cette jungle urbaine où les prédateurs portent les masques blancs de l’anonymat et de l’indifférence..

Je marche entre les arbres immenses faits de béton et d’acier, ces refuges en tour d’ivoire dans lesquels germent tous ces individus solitaires que l’on nomme le peuple.. Je marche en observant cette étendue de feux incandescents, de couleurs mélangées qui donnent tant de fierté à l’homme, faire écho aux ténèbres et s’imposer en toute puissance face au monde enseveli, à la fois soumis et vaincu, sous les pavés de ruelles engorgées, semble être devenu un besoin vital qui a galvanisé l’évolution.. L’évolution du néant.. L’évolution du carnage.. De cette vaste nécropole je vois se mouvoir des spectres enchainés au rythme du quotidien, titubant péniblement dans chaque couloir obstrué de l’existence, jouant des coudes pour des miettes de reconnaissance, spectacle étrange presque surréaliste d’une humanité inconsciente de sa déliquescence..


J’aime la nuit..

J’aime la nuit.. Les morceaux de mon âme recollés par petits bouts grâce à l’harmonie silencieuse d’une véritable paix intérieure retrouvée.. La patience dans la construction du puzzle de mon existence.. Le moment où je m’arrête sur le reflet de ma propre mutation, du déploiement des ailes à la disparition des cornes.. L’instant où je sens monter la nausée devant les défigurations saillantes de mon esprit, de ce visage plaqué sur une glace tremblotante d’effroi.. Et des sillons creusés par les balafres affreuses de mes colères..

J’aime la nuit.. L’invitation à mourir pour naître à l’aube des premiers rayons d’une longue agonie.. L’anticipation de l’enfer du petit matin avec sa mécanique abrutissante..
J’aime la nuit.. L’espoir ressuscité après les désastres de l’ordinaire.. Le besoin de s’envoler pour mon âme, de descendre sur terre ou simplement de se mettre en terre..
J’aime la nuit.. Elle me ramène à ce que je suis.. Du moins à ce que je crois être, de temps en temps, un être humain..


Même le silence a une fin..

Même le silence a une fin.. C’est par cette paraphrase volée à Pablo Neruda que j’ai voulu t’adresser ces quelques mots que tu ne liras sans doute pas mais qui resteront aussi longtemps qu’il le faut sur le seuil de ton atroce déception.. Il m’a fallu un certain temps – une éternité sans doute - pour les choisir, pour les remplir de mon trop plein d’émotion, pour les vider afin qu’ils n’en fassent pas trop, et pour les accorder afin qu’ils sonnent juste à ton cœur..

Même le silence a une fin.. Mais qu’il est difficile de lever le rideau et de déchirer le voile.. Que d’appréhension et d’angoisse.. J’ignore si jamais tu ouvriras la porte pour recevoir en ton sein ces quelques mots puisés dans ce qui demeure de mes vœux d’éternité.. J’ignore si tu pourras me retrouver marchant dans ta robe immaculée à cet autel où l’on s’est promis de fusionner nos vies en une seule.. Je serai là debout pour accueillir l’unique rose posée sur les chemins de ma destinée.. Je serai là jusqu’à la fin des temps.. Et même au-delà.. Parce que je suis comme ça, parce que tu as fait de moi cela, parce que personne d’autre n’est faite comme toi, de la même matière que les rêves..


*

Tes morsures, ces sceaux sacrés marqués dans ma chair, m’ont arraché des cris impudiques qui ont déchiré les voiles épais recouvrant chaque recoin de ma dépression.. Tu as ouvert les portes hermétiques et libéré cet autre moi qui y hibernait, le monstre a disparu dans la nuit, un homme est né aux aurores.. Durant un court moment qui dure encore, les courbes de tes lèvres ont fait le tour de mon âme, déchaînées une tempête de transes et de chaleur, tu remarqueras la maladroite paraphrase, il faut en sourire, groggy je tente tant bien que mal de faire de mon mieux, ce qui après avoir plongé en apnée dans des profondeurs aussi étourdissantes est presque le meilleur du pathétique..

D’où viens-tu donc chère passante que j’ai envi de retenir quelques secondes d’éternité ? Où iras-tu demain lorsque m’ayant conquis si pernicieusement je te laisserai endormi sur tes lauriers, lorsque l’ennui routinier, la maîtrise de ton imprévisibilité m’auront émancipé de ton joug, et j’irai, changeant et inconstant, à la découverte d’autres saveurs ? Mon cœur est une nécropole vivante où sont enterrés bien des cadavres sentimentaux, ces autres qui ont cru aussi que mon nomadisme carnassier aurait pu être sédentarisé..

Ces autres que je me suis plu à regarder se construire un avenir où je serai cette âme sœur retrouvée pour les restes de leurs vies, qui m’ont amusé un instant, le temps de me poser sur leurs seins, d’écouter les symphonies de leurs cœurs remplis d’espoir, et d’entendre se briser dans un fracas démentiel leurs désillusions en y prenant un honteux plaisir.. Que feras-tu quand une aube prochaine je me glisserai hors de tes draps pour prendre les routes du destin sans un regard pour ces lèvres envoûtantes qui m’auront tellement donné de toi ? Elles ne seront qu’un souvenir de plus dans mes placards où sont renfermés mes errances, un spectre comme un autre venant me hanter à mes heures de lucidité, ces moments solitaires de réflexion sur le devenir et le parcours accompli..


Toi..

Toi dont l’esprit m’accompagne
Dans ces nécropoles en flammes
Où la terre a soif de sang
Je t’offre un bouquet de larmes
Qui éclot en diamants
Sous l’éclat de ton cœur

Marche avec moi dans les contrées éteintes
Pour que chacun de nos pas chancelants
Donne la vie à ce qui n’est plus

Toi dont la présence me fortifie
Même si le verbe est silencieux
Et l’écho lointain, si lointain
Je t’offre mon âme dans une étreinte
Qui recouvrira les cimetières de tapis de fleurs..


Je suis Sisyphe..

Les vagues incessantes balaient les souvenirs fossiles échoués sur les rivages de ma mémoire.. Les radeaux en épaves sentimentaux poussés par le vent des souffles chauds arrivent par le sud, battant pavillon corsaire.. Ils portent les cadavres encore debout de mes vies passées.. Les morts ne sont pas morts.. Définitivement pas..

Une armada grossit à l’horizon, les voiles fripées claquant des furies pointent vers le cœur sablonneux, le mien.. Je ne suis pas Robinson et j’ai tué Vendredi.. Nu de culpabilité, j’attends les yeux plongés dans la noirceur de la nuit l’ultime affrontement avec des fantômes immortels qui me harcèlent dans chaque ilot de mes solitudes, qui accostent sur chacun de ces rivages de mes silences..

Un ultime affrontement pour me libérer de moi-même, avec ce parfum de déjà-vu, ce sentiment d’eternel recommencement.. Je suis Sisyphe.. Sans la pierre qui roule, sans la malédiction des dieux.. Avec la sueur ensanglantée de ces détestations légitimes, avec la poussière brulante du Tartare s’élevant au-dessus de mon âme..


Des premiers baisers aux premières expériences sexuelles en passant par les premières déceptions, le bahut était l’école de la vie vécu par des esprits curieux. Pour ma part, le bahut était d’abord plus une obligation qu’un choix, et je ne cessais de me le dire un de ces endroits détestables où l’on ressent un fort ennui de la vie. J’entrais en phase Terminale de la peste scolaire, et je n’avais pour seul désir que de voler rapidement vers d’autres cieux après l’obtention de ce diplôme inamical qui avait dans les consciences une résonance tranchante : le GCE.

Souvenirs du bahut..

Etant resté peu de temps dans les provinces du nord, j'ai cependant pu découvrir des paysages merveilleux de collines et de pics karstiques recouverts de jungle.. J'ai également découvert un peuple multi-ethnique vivant de façon ancestrale dans des villages de cabanes de bambous sur pilotis.. J'ai emprunté des pistes au cœur de ces forêts primitives où j'ai observé des scorpions d'une dizaine de centimètres..

J'ai également vu un cobra mort dans les mains d'un paysan.. Il m’est arrivé de voir ces éléphants impressionnants portant de guignols touristes en compagnie de ces hommes admirables - Mahout, distants, réservés, donnant le sentiment de murmurer à l’oreille de ces mammifères.. Ma peur du vertige m’a cloué les pieds sur la terre rouge, oui je n’ai pas pu la surpasser et je me suis contenté de regarder d’autres jouir de ces instants.. Pour finir doucement cette marche dans ce pays surprenant, je vais dans un spa à Champasak, j’y découvre le massage lao sur les bords du Mékong, à mon (très ?) grand plaisir..

Etant resté peu de temps dans les provinces du nord, j'ai cependant pu découvrir des paysages merveilleux de collines et de pics karstiques recouverts de jungle.. J'ai également découvert un peuple multi-ethnique vivant de façon ancestrale dans des villages de cabanes de bambous sur pilotis.. J'ai emprunté des pistes au cœur de ces forêts primitives où j'ai observé des scorpions d'une dizaine de centimètres.. J'ai également vu un cobra mort dans les mains d'un paysan.. Il m’est arrivé de voir ces éléphants impressionnants portant de guignols touristes en compagnie de ces hommes admirables - Mahout, distants, réservés, donnant le sentiment de murmurer à l’oreille de ces mammifères.. Ma peur du vertige m’a cloué les pieds sur la terre rouge, oui je n’ai pas pu la surpasser et je me suis contenté de regarder d’autres jouir de ces instants.. Pour finir doucement cette marche dans ce pays surprenant, je vais dans un spa à Champasak, j’y découvre le massage lao sur les bords du Mékong, à mon (très ?) grand plaisir.. La Thaïlande de l’autre coté se présente à moi comme une tentation, traverser cette mère nourricière et embrasser ce quelque chose de différent, je semble ne pas y résister.. Je m’endors sous les caresses étourdissantes en rêvant de..

*

Quelques temps après, au monastère de Xieng Thong, le temple principal trône au milieu d'une grande cour.. Son toit est constitué de plusieurs couches qui se superposent.. Ses tuiles brillent et jouent avec les rayons du soleil.. Aux quatre coins de la toiture, des nagas, des dieux serpents, veillent sur les lieux, et me replongent dans une enfance lointaine, un vieux souvenir d’un film indien qui à l’époque m’avait terrifié..

Un vieux moine, coiffé d'un bonnet en laine et drapé dans sa tunique, est assis sur les marches d'un petit bâtiment.. Il médite.. Non.. Il dort paisiblement au soleil.. Sur les murs rouges des temples, des figures couleur d'or ont été dessinées au pochoir : des bêtes mythiques à la tête d'éléphant, au corps de tigre et aux pattes d'oiseaux, des bouddhas assis sur des nuages, des dessins géométriques en forme de cercle.. Sur un pan de mur, je découvre une mosaïque faite de petits morceaux de verre colorés.. C'est l'histoire des habitants de la région.. On y voit des paysans récoltant le riz, de courageux chasseurs défiant un tigre, des voleurs punis, ou des cérémonies religieuses réunissant paysans et moines..

Du haut de la colline Phu Si qui domine la petite ville, trois jeunes novices, assis sur des rochers observent les passants en contrebas.. Un autre est perché sur un arbre et cueille du tamarin.. Derrière eux, un petit chemin en terre semble faire le tour de la colline.. De grands arbres bordent le chemin, me procurant une ombre rafraîchissante.. L'ambiance est paisible.. Le bruit de la circulation a disparu.. Avant d'atteindre le pied de la colline et les premières maisons, je décide de faire une pause pour profiter du calme de l'endroit.. Au loin, on entend vaguement des discussions.. Une musique douce s'échappe d'une petite échoppe.. De temps en temps, quelques poules et cochons se font également entendre, je retrouve une inspiration que je griffonne maladroitement sur un bout de papier capricieux pour symphonie porcine, ce texte qui me hante depuis tant d’années, jamais achevé, toujours en accouchement..

Dans un petit square, au bord d'une mare bordée de palmiers, je découvre avec surprise qu'à Luang Prabang, on joue à la pétanque.. Je me noie dans un rire étonnant, il y a des choses réellement universelles.. Coincés entre la mare et la route, deux terrains de pétanque en terre battue.. Tout autour, des hommes et de jeunes garçons, assis sur des bancs, observent les joueurs.. Boules, chiffons pour les essuyer, tableau d'affichage du score, tout y est.. Les visages sont sérieux, les regards concentrés, et le jeu est joli, du moins pour le néophyte que je suis.. Au moindre doute, un des joueurs ramasse une ou deux pailles qui traînent par terre, et les utilise pour mesurer les écarts entre les boules.. Aux bords du Mékong, la nuit est en train de tomber..

La lueur du soleil disparaît lentement derrière les montagnes.. Le ciel est envahi de rose, puis de violet.. En contre-jour, des barques amarrées au bord de la rive, oscillent doucement au rythme du courant.. Pendant ce temps, des hommes déchargent des sacs de riz d'un bateau.. Et un par un, ils empruntent l'étroit ponton de bois qui sépare le bateau de la berge, le dos courbé sous le poids de leur volumineux sac de riz..

*

Louang Prabang, autre petite bourgade, patrimoine mondial pour ses temples bouddhistes Lao et son architecture coloniale occidentale.. Beaucoup de déception, le plein de frustration car Louang Prabang ne semble vivre que pour ces voyageurs.. Une journée suffit à visiter la petite ville mais les voyageurs prolongent souvent leur séjour en même temps qu’ils y laissent leur part importante de contamination..

Consommer une "beer Lao", la bière locale, fut l’un des merveilleux moments passés en ce lieu tristounet, desillusoire.. La ville semble avoir perdu son âme.. Tout est plutôt calme mais en cheminant dans les quelques ruelles, il m'est bien difficile de faire abstraction de ces pancartes "Travel agency", "cafe regine", pour pleinement admirer l'architecture locale.. Les temples sont sans vie.. De beaux monuments, flambant neuf, restaurés avec la participation de certaines agences de développement occidentaux.. Il faut être très matinal pour découvrir quelques gestes de dévotion.. Les moines parcourent les rues en quête d'offrandes.. Sur les trottoirs, les personnes alignées sont assises et tendent aux moines de passages des denrées alimentaires.. En flânant dans les ruelles, j'observe quelques gestes.. Ces gamines qui font cuire quelques bananes qu'elles vendent aux passants.. Ces femmes qui confectionnent des rouleaux de printemps dans des feuilles.. Une marchande me tend un végétal étrange que je mange..

Je reconnais un cœur de palmier ou quelque chose qui s’y apparente.. Du durian.. Je broie tendrement sa chair blanche, légèrement filandreuse et répartie en compartiments, qui enveloppe de gros noyaux.. A peine a-t-il franchit la muraille de mes lèvres que je ressens le grand frisson, la chair du durian exhale une odeur très particulière.. Vraiment très particulière.. Plus loin, sur le bord du Mékong, à l'ombre des cocotiers, des jeunes jouent au foot-volley avec une balle de plastique.. Ils m'invitent à participer et me voilà plus d'une heure durant à retrouver quelques vieux réflexes de gamin footballeur loin des terrasses à cocktails.. Je me sens revivre..


« La renaissance des sens.. »

Après avoir quitté la jungle de Manhattan, l’emprise du béton et de l’acier, l’autoritaire philosophie du FastMoving, je prends le chemin de l’exil pour un Ailleurs Land inconnu.. Le besoin vital de mettre fin à la zombification, du détachement à une réalité devenue obsessionnelle guide mes pas vers la découverte d’horizons nouveaux.. Quelques heures de vol, et quelques péripéties administratives plus tard, je me retrouve à Na Maw.. Petite bourgade qui sert de point de ravitaillement aux villages alentours..

Une centaine de maisons de bois sur pilotis sont rassemblées au bord d'une rivière.. "Guest house".. Un écriteau m’indique le lieu où je passerai la nuit.. Je me perds un instant dans mes nouvelles conversions et finalement m'installe pour quelques dérisoires dollars – le prix de mon bonheur - dans cette chambre aux parois de bois.. Ici, les ruelles de poussière me rappellent celles de cette Afrique profonde que j’ai laissé quelques jours plutôt, une absence de modernité qui me rapproche de la terre, de son odeur lourdement acariâtre et des empreintes posées sur le sol dénudé indiquant la route à suivre ; la route des rencontres authentiques.. Ces ruelles ont changé de vie et la vie semble avoir changé de rythme.. En m’y promenant je découvre d’autres habitudes, d’autres ambiances.. Sous les maisons, des pilotis, les cochons et les volailles se disputent quelques restes de nourritures.. Des chiens vagabondent sans agressivité.. Des cris stridents! Un jeune singe attaché se démène pour retrouver la liberté, je le regarde se débattant dans une furie démentielle avec une certaine froideur..

De petits groupes de gamines et de gamins jouent dans la poussière, et ils sont heureux.. A la fontaine, les femmes et les jeunes filles attendent leur tour pour remplir leur seau de plastique noir.. En contrebas du village, on joue et se lave dans la rivière.. Des femmes, et plus loin, des hommes font leurs ablutions.. La nuit tombe vite, trop vite.. Il est 20 h00 et je m’installe pour dîner.. Deuxième bol de nouilles de la journée, le Pho comme ils appellent ce plat composé d’une soupe de nouilles et de viande en lamelles ou en boulettes, accompagnée de petits piments, de menthe, de germes de soja, de coriandre et de basilic, cela n’est pas pour me déplaire.. A la nuit tombée, l’électricité fait son apparition, péniblement.. Sous les néons, les geckos se mettent à l'affût des insectes.. Par terre, les deux femmes qui tiennent l’auberge allaitent leurs enfants tout en mangeant à la main des boulettes de riz collantes..

A la table d’à côté, je suis intrigué par ce jeune homme et cette femme aux allures d’intellectuel fraîchement « acadamiqué », qui discutent et prennent des notes sur un cahier.. Curieux je les interroge.. Il sont tous les deux vétérinaires et recensent les maladies locales.. Mais il n’est nullement question de maladie sur le cahier, la jeune femme est japonaise et enseigne son langage à son collègue, qui après observation ne semble pas son compagnon, mais son regard donne le sentiment qu’il voudrait bien.. Calme, douceur, la chaleur est tombée.. Et dans la petite rue principale flânent les passants, enfants, jeunes, hommes et femmes avec leurs bébés sur le dos.. J’accroche quelques sourires dans les placards de mon souvenir.. Demain, la marche continue..

*

Je marche dans les déserts obscurs où sont couchés ceux qui sont partis, je viens violer la solitude de ces lieux, déchirer le voile brumeux recouvert sur ces fins de parcours, en me remémorant ces temps passés où nous étions plus que des chiffres à reformer dans la comptabilité des gouvernants. De cette époque qui n’avait pas encore perdu toute sa tête, ni son cœur, ni son âme, et qui n’avait pas encore soumis aux aléas des marchés financiers la capitalisation de la dignité humaine. Je viens ici chercher un sens aux non-sens, écouter les réponses d’outre-tombe, acte désespéré, venir chercher le vivant dans ce qui est mort, car ce qui est vivant ne l’est plus tout à fait.
Je ne suis personne. Je suis un anonyme.
Je n’ai pas fait la guerre. Mais j’en ai les balafres.
Je n’ai pas connu les révolutions printanières. Mais j’ai le sang qui bat la révolte.
Je n’ai pas le courage de l’indignation. Mais j’ai la colère silencieuse.

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Je me faufile entre ces plaisirs venant des contrées de l’Est où le bolchevisme est passé et la mendicité humaine est restée ; ils m’accostent, s’agrippent, racolent cette détresse palpable, criarde. Une détresse ambulante, dans ces lieux à part, est une bénédiction d’un ciel généreux, alors ils me tourbillonnent en excitation, cuisses d’acier à la résistance éprouvée qui sous ce froid polaire garde une chaleur irrésistible. Je laisse mes mains qui ne m’appartiennent plus remonter les courbes idéales de ces plaisirs ébène venant des tropiques, pour eux le rêve blanc a fini mastiqué par des proxénètes esclavagistes. Je me fais complice de cet esclavage qui ferait hurler ces moralistes géniaux des quartiers embourgeoisés, ils sont à l’abri dans leurs salons cossus protégés de l’angoisse de l’avenir, fumant chaleureusement le cigare et se gavant de caviar. Je me fais complice d’une mafia honteuse bradant des dignités aux épaves que nous sommes. Oui je suis complice, entre esclaves exploités, victimes d’un système mafieux à un autre, on se comprend, chacun dans son rôle, chacun avec son histoire.

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Je marche loin du panthéon au marbre impeccable, des convenances parfaitement taillées dans la pierre de la civilité, l’élégance du corps jointe à la grâce de l’esprit, le dandysme moribond, les académismes vieillissants. Je descends plus bas, je prends les ruelles sans lumière où se croisent les initiés des bas-fonds, j’entre dans les bacchanales. Il y a ici une odeur de clandestinité, les satyres dévorent les plaisirs tarifés du trottoir insalubre. Des plaisirs s’offrant aux assauts bestiaux, les jupons relevés au-dessus de la cambrure, les mains plaquées sur des murs décrépies livrées aux taggueurs ; dans cette misère hivernale il faut bien gagner sa vie, il faut bien assouvir ses envies qu’importe si la qualité frise le dégout, qu’importe si la clientèle est une brute malotrue, et qu’importe si cette friperie sexuelle flirte avec les sommets de l’immoralité. L’immoralité. Quelle immoralité ?


Chronique: Dieu en larmes et en sang..

(Cette Chronique m'a été inspirée par l'attaque des coptes en Egypte, les attentats de Boko Haram au Nigeria, par d'autres évènements comme la montée des ultraconservateurs en Israel etc.) : Dieu en larmes et en sang..

André Malraux disait dans un éclair de clairvoyance que le 21ème siècle serait spirituel ou ne serait pas, s’il entendait par « spirituel » l’impérialisme religieux sous forme d’affrontements idéologiques sanglants, de croisades revivifiées d’un extrême à un autre, il était alors, tristement, malheureusement, un des rares grands visionnaires de son époque.. Car les chemins de la spiritualité pervertie par des enracinements doctrinaux nauséeux sont depuis le début de ce siècle jonchés de cadavres d’innocents dont le seul crime aura été de « croire », de se convaincre d’une « foi » ou de se trouver aux mauvais endroits aux mauvais moments.. Les guerriers fous du religieux se nourrissant de la psychose populaire des lendemains incertains socialement et économiquement, des frustrations liées à l’injustice indéboulonnable portée par des classes de dirigeants corrompus et irresponsables à la solde d’intérêts aussi complexes qu’égoïstes, font descendre les dieux dans l’arène des gladiateurs afin qu’ils servent de bouclier et de feu..

La haine qui s’étale en hémoglobines sur les murs des églises attaquées par la furie de groupuscules extrémistes, la méprise tragique d’invasion de pays - peut-être indignes de toute considération démocratique - dans un climat de confusion entre le politique et le religieux, les maladresses inopportunes sur l’axe du bien contre l’axe du mal, le laisser-faire coupable dans la montée de l’intolérance et de la stigmatisation, c’est le sentiment désagréable d’être aux aurores d’une nouvelle boucherie mondiale qui semble prédominé les premiers pas vite désillusionnés pour ce qui l’était encore de cette année si neuve et déjà si vieille.. On rumine Dieu à toutes les haines, on le magnifie pour mieux justifier l’innommable, c’est l’alibi à toutes les intolérances et même celles qui refusent d’en assumer la fureur bestiale.. Les regards ne se tournent plus vers les cieux que pour souhaiter l’anéantissement d’autrui, et les religions sont devenues le bras armé de cette détestation sous le sceau divin..

Le spirituel est la grande mode du moment, le prosélytisme religieux retrouvant des couleurs, grignotant méthodiquement l’espace sied à la laïcité, est l’une de ses expressions les plus inquiétantes.. Oui, les gens s’intéressent de plus en plus à la « foi » qu’importe ce qu’elle est ou quelle définition on lui confère, ils y ont « foi ».. Le problème au fond ne vient pas de cette attractivité lente mais exponentielle de la « croyance », le problème vient de l’influence purement religieuse, de l’ « opium » qui en découle.. Là où le spirituel peut servir de source d’apaisement, de tolérance et d’ouverture parce que fondé sur des principes moraux communs et universels, le religieux lui porté par la fougue doctrinale, l’embrigadement intellectuel, le formatage de la conscience et de la solidité de sa dépendance est aux origines des conflits sanglants auxquels l’humanité ne cesse de faire face.. Ainsi le religieux dans une certaine lucidité a su tirer profit des faiblesses du modernisme et du progressisme pour s’imposer comme l’assurance d’un monde inamovible centré sur des valeurs plus « humaines », ce qui loin d’être authentique permet de lui trouver une réelle légitimité.. Il se dit désormais garant de l’ordre juste, celui qui trace les frontières de l’acceptable voire de l’inconcevable..

Dieu n’est pas mort, mais il gémit douloureusement sous les coups mortels portés par les religions, ce n’est plus qu’une justification de la perversion de l’esprit, les manipulations religieuses l’entrainent au fond du gouffre, miroitant le paradis avec un parfum de souffre.. Il est là au milieu de nos tiraillements imbéciles, de notre folie religieuse, attendant que l’on l’achève définitivement, en larmes et en sang..

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